03 août 2007
Greffe universitaire pour la Citadelle d'Amiens
Place forte née de la colère d'Henri IV envers les Amiénois, la Citadelle accueillera, d'ici à 2013, plus de 6.000 étudiants de l'université de Picardie Jules-Verne.
S'il vous a échappé, je vous conseille la lecture de cet article paru dans les Echos le 1er août dernier, et signé du journaliste picard Guillaume Roussange. Encore un projet cher à mes yeux, d'autant qu'il concerne la faculté des Sciences humaines et sociales, où j'ai passé les 4 premières années de ma vie d'étudiant. Ne nous fions cependant pas à l'apparent enthousiasme de l'article : le projet de la Citadelle ne fait pas toujours l'unanimité, il y a toujours des "antis", un peu par principe... L'UNEF-Amiens, bien sûr, et même quelques dirigeants de l'Université. Parmis les arguments entendus (mais le mieux sera qu'ils s'expriment dans les commentaires), j'ai entendu qu'on voulait "remettre les sociologues et autres humanistes contestataires dans le coeur de ville pour les embourgeoiser...". Je les rassure : on veut nous mettre dans une "citadelle", toute une symbolique... Trêve de plaisanterie, je me plait souvent à rêver, dans un excès d'ambition peut-être, à un "quartier latin amiénois", qui irait de la zone Cathédrale avec la fac de droit & économie jusqu'à la Citadelle, en passant par la rue Saint-Leu avec le pôle scientifique... En plus, ce serait plus pratique pour les manifs ;-) "Malgré sa dizaine d'hectares et ses bâtiments imposants, la citadelle d'Amiens passe presque inaperçue dans le paysage urbain amiénois. Cernée par la Somme, au sud, et par les grands ensembles datant de la reconstruction, au nord, elle ne se révèle que difficilement, comme si les Amiénois l'avaient reléguée dans un coin, afin de guérir cette mémoire collective meurtrie par les circonstances de son édification.
GREFFE UNIVERSITAIRE POUR LA CITADELLE D'AMIENS
A la fin du XVIe siècle, alors que l'Espagne occupe l'Artois et la citadelle de Doullens, la ville obtient d'Henri IV le privilège d'assurer seule sa défense. Mais la ruse des Espagnols a raison des défenses de la cité, qui tombe, provoquant l'ire du roi :« Ah quel malheur, Amiens est pris ! Les Espagnols s'en sont saisi par la porte pendant que les malheureux habitants qui n'ont pas voulu que je les garde s'amusaient à ramasser des noix que les soldats déguisés répandaient exprès devant le corps de garde », lâchera-t-il au soir de la défaite.
Le souverain confie alors au célèbre ingénieur Errard de Bar-le-Duc, l'inspirateur de Vauban, le soin de reprendre la ville, ce qu'il fait en six mois. Henri IV brise la constitution municipale, impose une garnison et, surtout, fait construire le fort. Pour créer ce pentagone régulier à cinq branches, les habitations du quartier Saint-Sulpice sont rasées, y compris une église, et la population est déplacée, à Saint-Leu, au bord de la Somme. Traumatisés, les riverains n'ont dès lors de cesse, sous Louis XIII, Louis XIV, et même sous Napoléon III, de demander la destruction de la citadelle. En vain.
Défi social et culturel majeur
Avec la paix retrouvée, le site perd progressivement de son importance stratégique, ne devenant le théâtre que de rares affrontements, pendant la guerre de 1870, puis plus tard, de la Seconde Guerre mondiale, où une cinquantaine de résistants sont fusillés dans ses fossés. Les Amiénois, avides de prendre leur revanche, n'hésitent pas à amputer l'édifice de deux bastions entiers, au mépris de la valeur historique et architecturale des casernements d'officiers datant du XVIIe siècle. Heureusement, la reconstruction épargne la majeure partie du site, comme la fameuse porte de Montrecu. Elevée à la gloire de François Ier et ornée des symboles royaux, elle est considérée par les spécialistes comme un joyau de l'architecture militaire de la Renaissance.
Inoccupée depuis le départ des dernières garnisons militaires, la dizaine d'hectares de la citadelle est rachetée dans les années 1990, pour 1,5 million d'euros par la municipalité. Convaincu que pour inscrire la ville dans une dynamique nouvelle, il faut d'abord lui rendre une certaine unité, le centriste Gilles de Robien, maire depuis 1989, lance un vaste plan de transfert des universités dans le centre-ville. Jusqu'alors rejetés hors de l'agglomération, sur un campus excentré, les 20.000 étudiants de l'université de Picardie Jules-Verne, ne participent pas ou peu à la vie et au dynamisme de la capitale picarde. Le plan permet la construction, dans le même périmètre, d'une nouvelle faculté de droit-économie, la naissance d'un pôle de formation artistique, ainsi que l'agrandissement de la faculté des sciences.
Reste à loger les facultés de sciences humaines. Pour les responsables municipaux et universitaires, l'espace libéré à la citadelle s'impose presque de lui-même. « Ce projet était avant tout pour notre équipe municipale une bonne façon de répondre à un défi social et culturel majeur. Nous voulions transformer un système de défense militaire en un lieu de savoir et déposer au pied des habitants du quartier nord une offre de formation », raconte le premier magistrat.
La requalification de la citadelle, estimée à 65 millions d'euros, tarde cependant à se concrétiser. Le maire, fort de son influence de ministre de l'Education, parvient à relancer l'opération, dont le financement est inscrit au contrat de projets 2007-2013. Dans cinq ans, l'ancien bastion accueillera donc les 6.000 étudiants des facultés de sciences humaines de l'université de Picardie Jules-Verne et de l'IUFM. En attendant, la citadelle reste un des plus gros chantiers d'insertion de la région, formant en permanence plus de 100 personnes aux métiers du bâtiment."
GUILLAUME ROUSSANGE
11:50 Publié dans Amiens | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : amiens, citadelle, université
13 juillet 2007
Réforme de l'Université : l'urgence absolue !
Le projet de loi sera débattu à l'Assemblée nationale le 23 juillet.
L'incroyable mobilisation contre le CPE en mai 2006 (ici, sur le campus de Salouel) était aussi l'expression du malaise des étudiants universitaires face au marché du travail. Son responsable ? L'Université, inadaptée.
J'ouvre ce blog par un sujet qui me tient à coeur : j'ai été élu étudiant pendant deux ans, de 2004 à 2006, au Conseil d'administration de l'Université de Picardie Jules Verne.
De nombreux éditorialistes ont étalé dans la presse l'urgence de la réforme : sur le plan institutionnel, la tutelle étatique couplée aux multiples conseils aussi pléthoriques qu'impuissants supprime toute marge de manoeuvre aux établissements. Sur le plan de la Recherche et des débouchés professionnels, le fossé qui se creuse entre les masses universitaires et les élites des grandes écoles devient de plus en plus inquiétant.
L'autonomie des Universités, même si le projet de loi qui vient d'être adopté par le Sénat ne constitue pas la "rupture" qu'on était en droit d'attendre, est en premier pas décisif dans la résolution de ces problèmes.
Je voudrais apporter un double témoignage : celui de l'élu étudiant, qui a l'expérience de la "politique" universitaire, et celui du simple étudiant, qui a connu les bancs de la fac avant de profiter de ceux d'une "grande" école.
Les "porte-parole" de l'Université que sont les représentants des syndicats enseignants et étudiants se rendent-ils compte de la crise morale du monde étudiant dont leur idéologie, qui repose sur une conception dévoyée de l'égalité, est responsable ? A la lecture de la récente interview (7 juillet) que Georges Fauré, Président de l'Université de Picardie, a accordé au Courrier Picard, je crains que non.
« Le danger existe d’aboutir à une université à deux vitesses, si certains établissements ont davantage de moyens que d’autres, explique Georges Fauré. En particulier parce qu’ils sont mieux implantés et qu’ils reçoivent des subsides des entreprises. » Cette déclaration de mon ancien collègue du Conseil d'administration ne me surprend pas. Au nom d'une "philosophie" (comme il l'appelle lui même), l'Université française est totalement déconnectée du monde extérieur et de la réalité économique, et reste enfermée dans un contrat asocial de type soviétique où les étudiants font semblant de se former et les enseignants de leur délivrer une formation et des diplômes valorisés.
"Nous parlons ici de la formation et de l'avenir de quelques millions d'étudiants. Un sur deux se dit en situation de stress."
Si l'on en restait sur un plan conceptuel, ce constat ne me révolterait pas plus qu'un simple débat philosophique où je perdrais l'avantage. Or, nous parlons ici de la formation et de l'avenir de quelques millions d'étudiants. Plus de la moitié d'entre eux estiment ne pas avoir été suffisamment informés pour choisir leur orientation, un sur cinq assure que sa formation ne répond pas à ses attentes et un sur deux est en situation de stress - tant que je n'avais pas quitté l'Université, j'ai été en situation de stress. Combien regrettent d'avoir choisi l'Université ? Combien échouent ? 44% des étudiants abandonnent leur cursus sans aucun diplôme, selon les statistiques. Quel cruelle sélection ! Pire que celle de l'Université américaine constatait Pierre Bourdieu dans ses Héritiers. Car elle n'intervient qu'après le début du cursus. Et la déception est à la hauteur de l'attente.
Les raisons de cette démotivation ? Un climat général, plus enclin à la contestation et au repli sur soi qu'à l'épanouissement personnel et à l'envie d'entreprendre. La peur, surtout, du chômage, en préssentant l'inadéquation future entre sa formation et les réalités du monde du travail. Alors oui, Monsieur Fauré, l'Université ne doit pas avoir peur des "subsides des entreprises". Ce n'est pas de l'argent sale. Il peut profiter à l’Université et à ses recherches, aux étudiants et à leurs projets professionnels ! C’est votre prédécesseur, Gilles Demailly, qui m’a convaincu que l’Université possédait un véritable savoir qui intéressait les entreprises, quelles que soient les filières.
23:15 Publié dans Réformes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : réforme, université, autonomie, georges, fauré



