09 août 2007
Les anti-OGM ont-ils suicidé un agriculteur dans le Lot ?
Les anti-OGM ont-ils suicidé Claude Lagorse, agriculteur dans le Lot ? A fortiori oui, puisque le pauvre a été retrouvé pendu à un arbre de son exploitation, un plant de maïs et un tract signé par la Confédération paysanne sous ses pieds. Le prospectus annonçait un « pique-nique » militant devant la parcelle de maïs modifié qu’il avait planté, en toute légalité, pour nourrir ses cochons.
Ma note ne se veut pas un débat sur les OGM. Nous en reparlerons. Notons qu’un atelier sur cette question va être créé à la rentrée dans le cadre du Grenelle de l’environnement, auquel participeront les membres des groupes Santé, Biodiversité et Agriculture. Moratoire, mise en place d’experts indépendants… tous ces sujets y seront abordés.
Ce qui me révolte dans le suicide de l’agriculteur du Lot, c’est que ce sont les méthodes employées par les militants anti-OGM qui l’on amené à mettre fin à ses jours. Je ne partage pas leur conception du débat et de l’action politique. Moi-même engagé, je pense sincèrement que dans notre Démocratie, les moyens légaux qui sont mis à notre disposition permettent de se faire entendre (encore faut il bien les utiliser…).
Dans une note sur ce même sujet, Authueil dénonce des pratiques telles que « la pression psychologique, le harcèlement, ou l'atteinte aux biens », autant de délits réprimés par le code pénal. Je crois qu’il a raison. Car, quelle utilité d’aller pique-niquer dans le champ d’un agriculteur si ce n’est pour le stigmatiser ? Quand bien même le déjeuner aurait-il fini en saccage de la parcelle, cela n’aurait pas résolu le problème des OGM. L’enjeu était bien médiatique, l’objectif était bien d’obtenir un article dans le canard local et un reportage sur France 3. Sauf que là, le prix a été la vie d’un homme. Nous devons y réfléchir. En attendant, Michel Barnier et Jean-Louis Borloo, respectivement ministres de l’agriculture et du développement durable, ont lancé « un appel commun à l’apaisement et à la dignité à l’intention de tous les acteurs du débat sur les OGM ». La Confédération paysanne, elle, via son porte-parole dans le Midi-Pyrénées, a expliqué qu’ils n’étaient « pas là pour faucher mais pour provoquer un débat sur les OGM. » On aurait aimé des excuses à la famille.
---> article du Monde daté du 09/08/07
SOCIAL L'homme a été retrouvé pendu, le 5 août, à proximité de son champ de maïs transgénique
QUESTIONS AUTOUR DU SUICIDE D'UN AGRICULTEUR DANS LE LOT
Girac (Lot), envoyée spéciale
A sa façon, Claude Lagorse, a révélé son secret au pied de l'arbre auquel il s'est pendu, le 5 août. Lorsque les gendarmes ont découvert son corps, peu après qu'il les eut alertés par téléphone de son intention de se tuer, ils ont retrouvé un plant de maïs et un tract appelant à un " pique-nique " anti-OGM, prévu le même jour, devant sa parcelle.
Jusque-là, cet éleveur de porcs n'avait jamais évoqué les hectares de maïs transgénique qu'il avait plantés au printemps, en lisière de forêt. Pas même avec sa femme. Les 406 habitants de son village de Girac l'ignoraient, tout comme ses trois voisins exploitants. Depuis, son suicide agite tout le monde agricole, qui y voit un révélateur des flous de la réglementation française sur les OGM.
Le 6 août, dans un communiqué, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA), majoritaires, a ainsi dénoncé, " le drame de trop " et appelé le gouvernement à " faire respecter la légalité ". Jeudi 9 août, le ministère de l'agriculture devrait recevoir une délégation de la Confédération paysanne, favorable à un moratoire.
Pendant ce temps, à Girac on a peu de doutes sur les failles psychologiques de Claude Lagorse, 44 ans. Père de quatre enfants, agriculteur " modèle " " bon vivant ", s'il a craqué, c'est d'abord à cause " des pressions des anti-OGM ". Pour preuve, considère-t-on, la gigantesque flèche rose fluo sous-titrée " OGM ", graffitée sur toute la largeur de la nationale, qui pointe encore vers sa parcelle. Pour preuve encore, estime-t-on, le coup de fil, deux jours avant son décès, du représentant local de la Confédération paysanne, à l'origine du " pique-nique ", pour essayer de débattre.
De sources proches de l'enquête, ouverte par le parquet de Cahors, on confie que Claude Lagorse avait aussi de " très sérieux problèmes relationnels avec son frère ". Ce dernier gérait avec lui l'exploitation et était la seule autre personne au courant de l'existence de la parcelle transgénique.
RÉPUTATION " ÉCOLO "
Claude Lagorse ne faisait rien d'illégal en cultivant du maïs Mons 810. Il avait effectué sa déclaration auprès de sa coopérative, et était en règle. Cette procédure, instaurée par un décret du mois de mars, permet au gouvernement de recenser les parcelles transgéniques en France tout en garantissant la confidentialité sur leur emplacement. Ce dernier recommande certes aux cultivateurs d'OGM d'informer les exploitants des parcelles voisines mais ne les y oblige pas. Au final, seul un registre de la répartition des surfaces " par canton " est publié.
C'est là toute la faille du système. Et c'est à partir de ce registre que les militants anti-OGM se sont mis en quête de parcelles transgéniques, avant de débusquer Claude Lagorse. Quête d'autant plus active que, dans cette vallée de la Dordogne où élevages et cultures s'épanouissent à l'ombre des forêts humides, nombreux sont les agriculteurs qui protègent jalousement leurs labels de qualité.
A Girac, Claude Lagorse cultivait sa réputation d'éleveur " écolo " : bâtiments en bois, contrôle des odeurs. Lui aussi était labélisé. Au village, personne ne semble vraiment déçu ou inquiet de la découverte du champ transgénique. Seul son suicide choque. Comme d'autres, Nadine Cances, 49 ans, employée municipale résume la position commune : " Un coup, on tape sur les éleveurs, un coup, sur les faucheurs, mais on manque d'informations pour réellement savoir quoi penser. Quand on va sur Internet il y a soit des sites pro-OGM, soit des sites anti-OGM, c'est au gouvernement de trancher. "
Les obsèques de Claude Lagorse devaient se dérouler jeudi 9 août, à 15 heures. Une marche silencieuse est prévue jusqu'au cimetière. Son exploitation était juste en face.
Elise Vincent
© Le Monde
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